Face au ralentissement de la propagation du virus, plusieurs pays européens mettent en place des mesures de déconfinement. Même si le retour à la normale risque de prendre plusieurs semaines, voire plusieurs mois, des réflexions sont en cours. Avant de réaliser un article sur ces mesures de déconfinement, le GPMSE a souhaité s’intéresser, tout particulièrement à la situation en Espagne et en Belgique, en interviewant les Présidents des organisations professionnelles partenaires : AES et Alia Security.

 

Espagne : « Une situation difficile et inattendue, avec des moyens de protection insuffisants » déclare Antonio Perez, Président d’AES

ANTONIO PEREZL’Espagne compte plus de 20 000 morts liés au COVID-19, à ce jour. Pays le plus endeuillé du monde, après les Etats-Unis et l’Italie, l’Espagne est considérée comme l’un des Etats ayant adopté les mesures de confinement les plus strictes d’Europe. Selon des chiffres du gouvernement espagnol, 67% des Espagnols sortaient plus du tout de chez eux, à compter du début du confinement général, le 14 mars dernier. Antonio Perez, lors d’un entretien téléphonique, revient sur la façon dont est vécue cette crise, dans le secteur de la Sécurité privée.

« Économiquement, la situation est très difficile. Vivre dans Madrid, dont les rues et les places sont habituellement pleines de vie, mais aujourd’hui quasiment désertes, est incroyablement consternant. Toute l’économie a été arrêtée, durant 15 jours, entre le 30 mars et le 13 avril, en dehors des activités considérées comme essentielles, dont une partie de la sécurité privée. De ce fait, les activités de sécurité humaine, celle des transports de fond ont été maintenues, dans leur globalité. Celle des opérateurs en télésurveillance et en gestion d’alarme est assez préservée. Toutefois, la surveillance de lieu non essentiels est quasi inexistante, ce qui représente une grosse baisse d’activité et donc une importante perte de chiffre d’affaires. Ce qui est encore plus vrai pour les activités d’installation et de maintenance qui sont maintenues, uniquement, pour les sites critiques », précise Antonio Perez, qui déplore, notamment, un « cruel manque de moyens de protection personnelle. Les livraisons de masques sont loin d’être suffisantes. Or, les risques sont bien réels. »

Concernant les mesures prises, au niveau social et économique, le Président d’AES explique « les dispositifs liés à l’activité partielle ont très rapidement été mis en place. Les personnes en chômage partiel touchent, en moyenne, 70% de leur salaire. Néanmoins, le montant est plafonné à 1100 €. Il est encore trop tôt pour annoncer des chiffres, mais de nombreuses sociétés vont avoir du mal à se remettre de cette crise, notamment dans le secteur de l’installation et de la maintenance, pour le secteur qui nous concerne.».

Un déconfinement progressif a été annoncé, le 13 avril dernier.  En effet, Madrid a autorisé, à cette date, la reprise partielle de certaines activités (usines, secteur du bâtiment et autres secteurs clés pour lesquels le télétravail ne peut être effectué…), sous couvert du port du masque obligatoire.  A ce jour, près de 2 millions d’Espagnols ont donc pu reprendre le travail. Dix millions de masques ont été distribués par les policiers et des volontaires, dans les métros et les gares. L’Etat organise, en parallèle, des tests de dépistage massifs, le gouvernement espagnol ayant décidé d’isoler les cas de Covid-19 dans des hôtels réquisitionnés.

Toutefois, le Premier ministre, Pedro Sanchez, précise bien que le confinement de la population est encore prolongé jusqu’au 9 mai inclus, avec un léger assouplissement « pour les enfants qui pourront sortir, de façon limitée, à compter du 27 avril ».

 

 

 

En Belgique, « le secteur de la sécurité-sûreté est en crise ; la reprise risque d’être difficile » déclare Olivier Demoulin, Président d’Alia Security

olivier demoulinLa Belgique est le pays européen comptant le plus de morts, pour 100 000 habitants (34,2/100 000 hbts), en date du 14 avril 2020, juste derrière l’Espagne (37,4 décès/100 000 hbts). Néanmoins, le plateau de l’épidémie semble avoir été atteint. En outre, si le confinement a débuté le 18 mars dernier, le gouvernement belge demande à ses citoyens de poursuivre leurs efforts, a minima, jusqu’au 3 mai.

Le Président l’Alia Security, lors d’un entretien, nous explique la situation, dans le secteur de la sécurité/sûreté. « Comme en France, l’arrêt de l’activité économique, en dehors de celles considérées comme essentielles, a été brutal. Si l’activité, concernant la sécurité humaine et les opérateurs de télésurveillance, est restée importante, les installateurs en sécurité électronique ne peuvent plus réaliser d’installation, ni d’entretien. Seuls les dépannages urgents sont toujours autorisés. Au demeurant, les interventions sur les chantiers ouverts sont tolérées, à condition, toutefois, que les mesures de distanciation soient respectées. Le chômage partiel a donc rapidement été mis en place ; néanmoins, les diminutions de salaire sont de l’ordre de 40%. Par ailleurs, même si les mesures de chômage technique permettent une réduction des charges, les pertes de Chiffre d’affaires sont très conséquentes, pour les dirigeants de ces PME. »

Le 15 avril dernier, le Conseil National de Sécurité (CNS) a pris plusieurs décisions, reposant sur les avis des experts scientifiques. Il a notamment été décidé de prolonger les mesures de confinement jusqu’au 3 mai inclus, néanmoins avec quelques aménagements. Ainsi, les magasins de bricolage et les jardineries peuvent désormais rouvrir leurs portes, aux mêmes conditions que les magasins d’alimentation. Les distances de sécurité devront toujours être scrupuleusement respectées. Par ailleurs, les résidents des structures d’hébergement (maisons de repos et de soins, centres pour personnes avec un handicap…) peuvent désormais recevoir « la visite d’un proche désigné ; à condition que le proche en question ne présente aucun symptôme de la maladie depuis deux semaines… »

Cependant, Olivier Demoulin témoigne des préoccupations, pour la profession : « les inquiétudes sont manifestes quant à la réaction des clients finaux, lors du déconfinement. Les investissements seront sous pression. De ce fait, l’installation de dispositifs de sécurité ne sera pas jugée comme prioritaire.  Aussi, nous craignons de graves répercussions économiques, pour le secteur, durant plusieurs mois. Nous redoutons la faillite de nombreuses PME, attendu que la situation était déjà très tendue, pour certaines d’entre elles, avant cette crise sanitaire. Leur Chiffre d’affaires reposait principalement sur les contrats de maintenance. Or, durant deux mois, ces services n’ayant pu être réalisés, certains clients risquent de résilier leurs contrats.  Nous ne connaissons pas encore le coût réel, mais le Chiffre d’affaires perdu ne pourra pas être rattrapé. »

Rédigé et publié le 17 avril 2020 par Virginie Cadieu

Autres sources : https://www.liberation.fr  ;  centredecrise.be  ;  www.rtbf.be

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